Si Cédric Marchal était un animal, il serait cette pieuvre rieuse et d’une énergie communicative qui, dans La Petite sirène de Walt Disney, fait danser un poisson au bout de chacun de ses tentacules. Manière de dire que si la bonne humeur et l’expression « tous azimuts » se cherchaient une personnification, elles la trouveraient chez ce Strasbourgeois de naissance et Rhône-alpin d’adoption à l’imagination aussi intarissable qu’une corne d’abondance.

Il faut dire que Cédric Marchal a la pluridisciplinarité dans le sang et un don (sur)naturel pour la chose artistique, fusse-t-elle exprimée par des cordes vocales, des instruments, des textiles ou des mouvements corporels. A tel point que dès 1990, au sortir de ses études au Conservatoire de Chambéry, où il fit ses classes en art dramatique et en chant lyrique et jazz, il a refusé de choisir entre les casquettes d’auteur, de metteur en scène, de comédien-chanteur et de costumier. Et le pire, c’est que sur lui, un tel empilement n’a rien de ridicule. Nombreux sont ceux qui s’en sont rendu compte, de Nino D’Introna, directeur du Théâtre Nouvelle Génération de Lyon qui lui confiera le rôle-titre du bouleversant hymne à la fraternité Yaël Tautavel ou l’enfance de l’art (2008), à la chorégraphe Anne-Marie Pascoli, pour laquelle il jouera de la machine à coudre et exploitera son bagage en danse classique et jazz, en passant par la Biennale de la danse de Lyon, qui l’a déjà sollicité à trois reprises dans le cadre de son défilé-événement (2000 et 2010). Mais le talent, aussi protéiforme et flagrant soit-il, ne suffit pas à expliquer la belle longévité créative de Cédric Marchal.

Ce qui le caractérise avant tout, c’est sa sensibilité, mélange détonnant de causticité et de poésie, de bonhommie et de tendresse, qui fait de lui un spécialiste du grand écart émotionnel.

Grand écart entre drame personnel d’une mariée laissée en plan (Nuit de noces, 2001) et crooneries désopilantes (Gomina Trio, 1997), entre l’amusante solitude d’un chef d’orchestre découvrant le droit de grève (L’Homme orchestre, 2000) et les désirs d’évasion de travailleurs opprimés par la routine (Hors-saison, 1993). Dans tous les cas, en creux de cette aptitude à alternativement humidifier et faire pétiller les yeux se dessine un sincère amour de l’autre, au sens philosophique du terme.

C’est ce qu’expriment par ailleurs des projets de territoire de l’ampleur de Chacun Savoie, déambulations de 1860 musiciens et choristes amateurs en l’honneur des 150 ans du rattachement de la Savoie à la France, ou de la profondeur du Village de Marcellin, série de mises en et hors scène et d’interventions in situ autour d’un village sans murs où tous les habitants sont membres de la fanfare municipale. De précieuses initiatives qui attestent du goût de Cédric Marchal pour le rassemblement et un théâtre se donnant à voir là où on ne l’attend pas toujours, et dont sont coutumières le Priviet Théâtre et les Boules au plafond, les structures savoyarde et isèroise qui, depuis 1991 et 1966, soutiennent les moindres faits et gestes de leur fondateur.

Ce n’est pas un hasard si chaque représentation d’Oskar et Viktor se termine sur ces mots : « le spectacle est vivant parce qu’en face vous êtes là pour le lui rappeler ».
 


 
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